L'oeuvre d'une vie
Né le 28 janvier 1927 à Limoges, Georges Laurent passe son enfance entre la Haute‑Vienne, l’Oise et Paris, non loin du Louvre. Dans cet environnement propice, il développe très tôt le goût de la peinture savante, des musées et des galeries. Au Louvre, l’adolescent découvre la « grande peinture », notamment les primitifs italiens, qui déclenchent une intarissable envie de dessiner et de peindre.
Ses croquis et études de jeunesse révèlent déjà un dessinateur intuitif et fougueux, doté d’un sens graphique exceptionnel. Tous les objets et sujets qui passent sous son crayon sont cerclés d’un trait noir qui en marque fermement l’enveloppe, tandis qu’une ligne étonnamment mobile explore les détails et se permet toutes sortes de bifurcations. Son talent pour le dessin et sa capacité à comprendre la structuration du monde physique le conduisent vers des études d’architecture, avec un passage par l’Académie de la Grande Chaumière, où il pratique le dessin d’après modèle vivant.
De retour en Limousin dans les années 1950, il s’installe à Saint‑Léonard‑de‑Noblat pour exercer son métier d’architecte. Il met au point une porte plane « révolutionnaire », conçue à partir de lames de carton alvéolé, qui donnera lieu à la création d’une usine. Parallèlement, il achète une ancienne grange au bord du Plateau de Millevaches, près de Peyrat‑le‑Château, qu’il transforme en atelier aux volumes singuliers.
Dans ce « trou de verdure », Georges Laurent consacre silencieusement une grande part de sa vie à la peinture. Il dessine, peint, découpe et colle, assemble des matériaux de toutes sortes ; l’exercice de la main ne s’arrête jamais. Au fil des décennies, il produit des centaines, puis des milliers d’œuvres, du format le plus modeste à la composition monumentale, qu’il conserve et consigne sans chercher à les exposer.
Sur ses dessins, toiles, rouleaux et assemblages, on voit se déployer une vaste réorganisation du monde par la fragmentation, la géométrisation et la simplification du réel, comme un puzzle sans cesse recomposé. Son cubisme, érudit et joyeux, explore les potentialités offertes par la transformation du réel, la multiplication des points de vue et des formes.
Longtemps restée dans l’ombre de l’atelier, cette œuvre d’une grande qualité, marquée par la diversité et l’inventivité, est repérée peu avant sa disparition par des universitaires limousins, qui commencent à la étudier et à la faire connaître. Georges Laurent s’éteint en 2019, à l’âge de 92 ans, laissant un corpus aussi prolifique que singulier.